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Château de Combourg
Au Château de Combourg, mille ans d’histoire palpitent encore, intensément vivants mais désormais empreints de fragilité. Berceau du romantisme, habité par l’ombre de François-René de Chateaubriand, ce joyau patrimonial traverse aujourd’hui une période charnière. Un lieu qui se découvre, se ressent... et qu’il devient essentiel de préserver.
Forteresse médiévale devenue demeure familiale, le château a traversé les siècles en se réinventant. Au XIXe , il adopte un style néo-gothique inspiré de Viollet-le-Duc, donnant naissance à ses intérieurs habités, où Chateaubriand forgea ses premières émotions littéraires. « Au Château, tout est chargé de mémoire, mais rien n’est figé », confie Guy de la Tour du Pin Verclause, descendant de Jean-Baptiste de Chateaubriand, frère aîné du père de l’écrivain, et actuel propriétaire. Depuis des années, avec son épouse Summer, ils insufflent une énergie contemporaine au lieu tout en le restaurant chaque hiver. Le parc à l’anglaise de 25 hectares, dessiné par les frères Bühler, est le théâtre d’événements qui rythment les saisons : fêtes médiévales, joutes équestres, festival de danse, fête des plantes, Halloween ou encore Journées européennes du patrimoine : « Nous voulons que les gens vivent le château, pas qu’ils le regardent de loin. » Les visites, exclusivement guidées, prolongent cette immersion. « Nous demandons aux visiteurs de lâcher leurs portables, d’écouter, de ressentir. » De la chapelle aux remparts en passant par les salons néo-gothiques, l’émotion circule, intacte.
Mais derrière cette vitalité, un combat se joue. Plus silencieux, plus urgent : la mérule, un champignon destructeur qui ronge les structures en profondeur. « Nous n’avons jamais été confrontés à quelque chose d’aussi lourd. C’est comme un cancer. Si on ne traite pas la source, ça se propage », explique Guy. Charpentes et planchers à refaire, tours entières à assainir. Dans une des tours, il faut démonter cinq niveaux pour repartir de zéro, et même la chambre d’enfant de Chateaubriand est touchée. Un chantier colossal, estimé à plusieurs millions d’euros, dans un contexte financier de subventions de plus en plus tendu. « Avant, la DRAC nous accompagnait à 40%. Aujourd’hui c’est moins le cas, leurs fonds sont réduits. Nous essayons de faire face. Mais seuls, c’est impossible. » Alors, le château s’organise autrement, notamment via la Demeure Historique : « Nous passons par cette association reconnue d’intérêt public pour recevoir des dons. Ils les réceptionnent, financent directement les travaux validés et délivrent des reçus fiscaux. » Un dispositif qui sécurise juridiquement et fiscalement les donations (60% sur les bénéfices pour les entreprises et 66% sur les revenus pour les particuliers).
Des années de travaux seront encore nécessaires pour permettre au château de continuer à traverser les siècles. Chaque jour, une véritable armée d’artisans passionnés œuvre à sa restauration dans le respect des savoir- faire ancestraux. Plusieurs de ces compagnons ont également participé au chantier de Notre-Dame de Paris. Les mêmes spécialistes interviennent aujourd’hui à Combourg, et les chênes utilisés pour la charpente proviennent des mêmes forêts de Touraine, perpétuant ainsi une tradition et une excellence séculaires. Déposer des candidatures auprès de fondations privées fait aussi partie de la stratégie des propriétaires : « Nous découvrons un réseau d’entraide incroyable de passionnés qui veulent que ce patrimoine survive. » Car malgré les 60 000 visiteurs annuels, l’équilibre financier du lieu reste fragile. L’exploitation touristique d’un monument historique ouvert seulement 7 mois de l’année (les 5 autres étant consacrés aux travaux) relève avant tout d’une mission culturelle et patrimoniale bien plus que d’une logique de rentabilité. Cette activité contribue au rayonnement de la région, fait vivre le lieu au quotidien et permet de créer des emplois locaux autour du patrimoine, du tourisme et de l’artisanat. « Préserver un château comme Combourg est avant tout une démarche désintéressée, portée par la volonté de transmettre et de sauvegarder une part de nos racines communes et de notre mémoire collective. » Un lieu qui raconte mille ans d’histoire et qui, plus que jamais, compte sur nous tous.
23 Rue des Princes 35270 Combourg




